« 14 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 227-228 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2304, page consultée le 25 janvier 2026.
14 juillet [1846], mardi après-midi, 15 h.
Mon pauvre cher aimé, je t’ai bien peu vu aujourd’hui. Quand donc pourras-tu être un peu plus à moi, mon Dieu ? Tous les jours je t’espère, tous les jours je te désire et tous les jours je te vois de moins en moins. C’est décourageant. Quand ce buste sera fini1, je te tourmenterai beaucoup pour que tu me fasses sortir. Ce sera une manière charmante d’être avec toi et de te garder un peu plus longtemps. Du reste, je ne te dirai rien si tu travailles, pourvu que je sois avec toi, je suis heureuse. Le triste, l’insupportable, le douloureux c’est de ne pas te voir. Aujourd’hui j’ai un mal de tête fou, cependant je redouble d’efforts pour faire bon visage à ces pauvres excellents gens2, afin de ne pas ajouter mon ennui au leur. Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous aime et vous ? Vous êtes toujours si pressé que je n’ai pas le temps de vous le demander, et encore moins celui d’avoir une réponse. Je voudrais bien que vous soyez [illis.], afin de savoir si, ayant du loisir, je vous verrais un peu plus souvent. Malheureusement vous n’en prenez pas le chemin avec la sobriété de spéculations que [vous] mettez dans les divers chemins de fer plus ou moins du nord ou de l’ouest. Pour peu que vous persistiez, nous serons toute notre vie pauvre comme des rats d’église. Ce sera très sage et très vertueux, mais ça ne sera jamais très amusant. Dieu si on me mettait à même de faire fortune moi, comme je me dépêcherais, ne fût-cea que pour vous forcer à passer plus de cinq minutes avec moi tous les jours. Nous verrions un peu quelle mine attrapéeb vous auriez. Hélas ! tout cela sont des rêves qui ne font pas perdre de vue une seule minute la laborieuse vie à laquelle ton dévouement et ta générosité te condamnent. Mon Victor chéri, mon amour, mon adoré, je t’aime. Mon cœur se fond quand je pense à ce que tu es de ravissant, de doux, d’adorable, de grand, de noble et de charmant pour moi. Je voudrais baiser tes pieds.
Juliette
1 Juliette pose pour le sculpteur Victor Vilain.
2 Victor Vilain et Eugénie Drouet.
a « fusse »
b « attrappée »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
